Les lésions auditives se manifestent souvent trop tard
Une exposition prolongée au bruit peut altérer l'audition de manière irréversible, même si les effets sont à peine perceptibles au début. Une protection auditive adéquate n'est donc pas un luxe superflu, mais une nécessité absolue. Quels sont les seuils sonores applicables, quelles sont les obligations de l'employeur et dans quelle mesure la valeur d'atténuation annoncée correspond-elle à la protection réellement offerte? Nous répondons à ces différentes questions!
Quand le bruit devient-il nocif?
La réglementation européenne définit les mesures à prendre pour protéger les travailleurs contre les effets nocifs du bruit. Différents seuils d’exposition sont fixés, chacun entraînant des obligations spécifiques pour l’employeur.
80 dB(A) – Mise à disposition de protections auditives
À partir d'une exposition quotidienne de 80 dB(A), calculée sur une période de huit heures, le niveau sonore atteint la valeur inférieure d'exposition déclenchant l'action. L'employeur doit mettre des protections auditives à la disposition des travailleurs et les informer et les former aux risques liés au bruit. Une surveillance de la santé est également nécessaire afin de suivre l'évolution d'éventuelles lésions auditives.
85 dB(A) – Port obligatoire des protections auditives
À partir de 85 dB(A), la valeur d'exposition supérieure déclenchant l'action s'applique. L'employeur doit réduire davantage l'exposition, délimiter les zones à risque et rendre obligatoire le port des protections auditives. Dans ce cas également, les travailleurs doivent être suffisamment informés et formés.
87 dB(A) – Valeur limite d'exposition
La valeur limite d'exposition est fixée à 87 dB(A), en tenant compte de l'atténuation procurée par les protections auditives portées. Si cette limite est dépassée, l'employeur doit immédiatement réduire l'exposition et prendre les mesures nécessaires pour éviter tout nouveau dépassement. Pour les bruits impulsionnels, des valeurs d'action distinctes de 135 et 137 dB(C) s'appliquent, ainsi qu'une valeur limite de 140 dB(C).
Les conséquences sont souvent irréversibles
Une exposition à des niveaux sonores élevés peut provoquer une baisse temporaire de l'audition. Celle-ci peut se rétablir en quelques heures ou en quelques jours, mais ce retour à la normale ne signifie pas que l'exposition était sans danger. Une exposition répétée ou prolongée au bruit risque d'endommager durablement les cellules ciliées de l'oreille interne. Ces lésions sont généralement irréversibles. La valeur d'action légale de 85 dB(A) ne constitue donc pas un seuil en dessous duquel tout risque de lésion auditive peut être écarté.
L'exposition au bruit peut également provoquer des acouphènes, qui se traduisent par des sifflements ou des bourdonnements dans les oreilles. Ces symptômes peuvent disparaître spontanément, mais aussi persister durablement. Quant à l'hyperacousie, elle se caractérise par une sensibilité excessive aux sons de la vie quotidienne, qui peuvent alors être perçus comme particulièrement forts, voire douloureux.
Les employeurs doivent évaluer les risques liés à l’exposition au bruit et, si nécessaire, faire effectuer des mesures acoustiques
QUE PRÉVOIT LA LOI?
La protection auditive relève de la catégorie III du règlement européen relatif aux EPI, qui regroupe les équipements destinés à protéger contre les risques susceptibles d'entraîner des conséquences très graves, tels que des lésions auditives permanentes. Les produits doivent satisfaire aux exigences de conformité en vigueur et porter le marquage CE. La série de normes EN 352 définit les exigences de sécurité applicables aux différents types de protections auditives, notamment les bouchons d'oreilles, les coquilles antibruit et les modèles électroniques.
Les employeurs doivent évaluer les risques liés au bruit et examiner les possibilités de réduire l'exposition à la source. Des machines plus silencieuses, un entretien régulier ainsi que des matériaux insonorisants ou des écrans acoustiques contribuent à réduire le niveau sonore. Lorsque ces mesures ne suffisent pas à assurer une protection adéquate, l'employeur doit mettre gratuitement à disposition des protections auditives appropriées. Les travailleurs doivent respecter les consignes et porter les protections prescrites.
Bouchons d’oreilles ou casques antibruit?
La protection auditive la plus appropriée dépend de la nature du travail et des conditions dans lesquelles elle est portée. Globalement, le choix se fait entre les bouchons d'oreilles et les casques antibruit, qui présentent chacun leurs propres avantages et inconvénients.
Bouchons d’oreilles
Les bouchons d'oreilles s'insèrent dans le conduit auditif et prennent peu de place. Les modèles jetables, généralement en mousse, atténuent considérablement le bruit (en moyenne de 20 à 35 dB, parfois même davantage) et sont relativement bon marché, mais ne sont destinés qu'à un usage unique. Pour une utilisation plus durable, il existe également des variantes réutilisables en silicone ou dans d'autres matériaux.
Le niveau d'atténuation dépend fortement de la manière dont les bouchons d'oreilles sont mis en place. S'ils ne sont pas suffisamment enfoncés ou s'ils sont mal positionnés, la protection peut être nettement inférieure à la valeur annoncée. Une sensation de pression ou une irritation peut également rendre leur port prolongé inconfortable. Les bouchons d'oreilles sur mesure, également appelés otoplastiques, sont adaptés à la morphologie du conduit auditif. Différents filtres permettent d'ajuster le niveau d'atténuation en fonction du niveau sonore et des conditions spécifiques.
Casques antibruit
Les casques antibruit enveloppent entièrement les oreilles sans obstruer le conduit auditif. Faciles à mettre et à retirer, ils conviennent particulièrement aux travailleurs qui alternent entre des zones bruyantes et des environnements plus calmes. Leur efficacité repose toutefois sur une bonne étanchéité des coussinets autour des oreilles. Les branches de lunettes ou d'autres équipements de protection peuvent compromettre cette étanchéité et réduire l'atténuation sonore. Des coussinets usés ont également une incidence négative sur les performances de protection.
Malgré leurs avantages, les casques antibruit peuvent être moins confortables dans des conditions chaudes ou humides, car la chaleur et la transpiration peuvent s'accumuler autour des oreilles. Ils peuvent également être difficiles à combiner avec d'autres équipements de protection, tels que les casques de sécurité ou les lunettes de protection. Bien que leur prix d'achat soit souvent supérieur à celui des bouchons d'oreilles, ils offrent un confort et une facilité d'utilisation appréciables à long terme.
MESURER L’ATTÉNUATION RÉELLE
La valeur SNR (Single Number Rating) indique le niveau d'atténuation sonore d'une protection auditive dans des conditions d'essai standardisées. Sur le lieu de travail, toutefois, le niveau de protection réellement atteint peut être nettement inférieur. Un bouchon d'oreille mal inséré dans le conduit auditif, un casque antibruit déplacé ou un joint d'étanchéité endommagé réduisent l'atténuation et laissent ainsi passer des bruits nocifs jusqu'à l'oreille. La durée de port influence également le niveau de protection, puisque chaque interruption expose à nouveau l'ouïe au bruit ambiant.
Un test d'ajustement individuel (fit-test) permet de mesurer le niveau d'atténuation réellement assuré par une protection auditive chez un utilisateur donné. Les résultats indiquent si la protection choisie offre une atténuation suffisante ou s'il convient d'opter pour une autre taille, d'améliorer le positionnement ou de choisir un autre type de protection auditive. Ces mesures suscitent un intérêt croissant dans le cadre de la prévention des risques auditifs, même si la législation belge n'impose pas d'obligation générale de réaliser un fit-test auprès des travailleurs.
Fonctionnalités supplémentaires
Entendre et communiquer
Certains casques antibruit et bouchons d'oreilles électroniques spécialisés peuvent être équipés de microphones et de technologies de communication. Les travailleurs peuvent ainsi échanger entre eux sans devoir retirer leur protection auditive. Selon le système utilisé, la parole et les signaux d'avertissement environnants restent audibles, ou la communication peut s'effectuer par radio ou par connexion sans fil.
La connectivité Bluetooth ou la présence d'un microphone ne suffisent toutefois pas, à elles seules, à garantir une protection auditive adéquate. Le dispositif complet doit répondre aux normes applicables et être adapté au niveau sonore ainsi qu'aux risques propres à l'environnement de travail.
Gestion du bruit ambiant
Les protections auditives à modulation dépendante du niveau sonore captent les bruits environnants à l'aide de microphones et restituent les sons faibles et la parole, éventuellement avec une amplification électronique. Dès que le niveau sonore dépasse un seuil prédéfini, le système limite la transmission du son. Les travailleurs peuvent ainsi continuer à entendre les conversations et les signaux d'avertissement tout en restant protégés contre les niveaux sonores excessifs.
La réduction active du bruit (ANC) repose sur un principe différent. Alors que les systèmes à modulation dépendante du niveau sonore laissent passer les sons faibles et la parole tout en limitant la transmission des sons plus forts, l'ANC atténue certains bruits ambiants à l'aide de dispositifs électroniques. L'ANC ne constitue toutefois pas, à elle seule, une protection suffisante contre les niveaux sonores nocifs.
En collaboration avec Cortina, Delta Plus, Milwaukee, Uvex Safety et VIP Safety